Les films hybrides: Alien v.s Predator, Pacific Rim,… et l’incapacité à créer

Le manque d’imagination de certains réalisateurs américains les pousse à des formes d’hybridation sauvage. Plutôt que d’une « réelle » nouveauté, ils se contentent de prendre les éléments qui ont rencontré un certain succès et de les combiner simplement ensemble. C’est une stratégie somme toute rationnelle, puisqu’elle est fondée sur la croyance qu’en rassemblant ce qui a déjà eu du succès, on ne pourra que plaire au spectateur. Or cette nouveauté est toute superficielle, et sitôt l’esprit critique éveillé, on ne peut que condamner ce genre de film. Cette condamnation n’émane même pas de critères cinématographiques exigeants et stricts, mais du simple fait que le contrat de base entre réalisateurs et spectateurs est violé : on est prêt à considérer un film comme un bon thriller ou un bon film fantastique, dans la mesure où il instancie des qualités qui peuvent être rangées sous cette catégorie. On ne demande pas ainsi à Godzilla de répondre aux critères esthétiques d’un film de Fellini ou de Bergman. On lui demande de répondre à des critères internes à son genre, critères qui peuvent servir d’étalons esthétiques et axiologiques (savoir s’il existe des critères universels de jugement est une question trop complexe pour pouvoir la discuter ici, on peut se contenter de postuler qu’il existe des « attentes » diversifiées selon des genres et donc des critères qui leur sont corollaires). Aussi, il existe bon nombre de films qui réussissent ce test à l’intérieur de leur catégorie, mais il en existe qui échouent lamentablement. Pour exemplifier notre propos, il suffit de considérer Pacific Rime, Freddy contre Jason, ou Alien versus Predator. Tous ces films sont des sortes d’hybridation, les fruits de reproduction nauséabonde et contre nature dont l’existence est logique sans être pour autant esthétiquement justifiable. On ne peut pas en vouloir aux réalisateurs mercantiles d’avoir pensé à de telles formes hybrides : en manque d’imagination, c’est la solution qui se présente spontanément à nous tous (on prend ici, on prend là-bas, on assemble, mais le tout reste sans vie). C’est une forme de computation de l’information cinématographique que l’on croise plus ou moins aléatoirement de manière à ce qu’il aurait été possible de titrer : Freddy contre Alien, Jason contre Predator, ou faire combattre des robots contre des aliens. Il serait même très aisé de programmer un algorithme qui, selon les résultats au box-office, préparerait des scénarios tout fait, facilement réalisable.
Ajoutons encore que ces hybrides ne sont pas stériles, ils sont même redoutablement féconds, ainsi on aura bientôt Pacific Rim 2, et les Aliens vs Predator 2 et 3 existent déjà. La répétition combinatoire fait place à la répétition diachronique, ce qui est une manière de doublement pallier l’incapacité à créer.

4 commentaires

  1. On pourrait ajouter que cette hybridation certes fort peu fertile ne date pas de l’ère des blockbusters mais bien de l’émergence d’un cinéma de genre, principalement fantastique. Ainsi on a vu fleurir dans les années 40 et 50 nombre de cross-over de monstres tels « Frankenstein meets the werewolf » ou bien même « Jesse James Meets Frankenstein’s Daughter », et leurs dérivés comiques façon Abott et Costello ou les Charlots.
    En ce qui concerne « Pacific Rim », on peut discuter de sa forme, mais j’aurais tendance à ne pas l’inclure dans ce melting pot au regard des influences croisées toutes deux nippones à savoir celle du kaijū eiga et des Mecha (type Grendizer, plus connu chez nous sous le sobriquet de Goldorak) qui s’affrontent de longue date sur l’archipel. Le film du Mexicain del Toro répond donc parfaitement « à des critères internes à son genre » (selon les termes employés dans l’article) et doit être évalué selon cette aune.

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    • Il est vrai qu’il peut y avoir des cas d’hybridation qui répondent à un genre en tant que tel, et qui peut faire preuve de nouveauté et d’originalité. Le fait est qu’il est difficile de ne pas rendre partiellement « subjectif » ces genres ; car là où je vois une hybridation sans imagination, quelqu’un peut y voir une variation générique tout-à-fait original. Et là l’abime s’ouvre… Car on pourrait dire que « Freddy contre Jason » est une symbiose intragénérique géniale, ou le représentant avant-gardiste d’un genre nouveau, et « qu’il fallait y penser ». Mon souvenir de Pacific Rim est mauvais, mais peut-être qu’il est néanmoins possible d’y voir autre chose qu’une hybridation brute. Mais est-ce que cela lui confèrerait une valeur qui passe inaperçue à celui qui le classe différemment ? Question qu’il faudra rapidement traiter, aussi merci pour cette très intéressante remarque !

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      • Au regard des exemples cités qui ont déjà plus d’un demi-siècle, pour le coup « Freddy contre Jason » n’est à l’avant-garde de rien du tout, pas plus que les alien contre Predator, cow-boys et je ne sais quoi d’autre. Un vampire nommé Bela Lugosi rencontrait des extra-terrestres dans « plan 9 from outer space », film (abusivement) connu comme le pire de toute l’histoire du cinéma.
        L’abîme réflexif concernant « Pacific rim » ouvre effectivement une brèche (océanique ?) vers une nécessaire confrontation de la source originelle nippone et son interprétation par del Toro. En d’autres temps et d’autres lieux assurément. 🙂

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