Dernier train pour Busan: L’humanité face à son Autre

On aurait tort de voir dans les zombies la simple métaphore des déshérités, des immigrés ou des pauvres. La figure du pauvre est incarnée par un personnage précis dans le film, celle du sans-abri caché dans les toilettes au début du film et qui se sacrifie à la fin. Ce que sont les zombies restent donc un problème entier. L’interprétation la plus généraliste que l’on puisse en donner est la suivante: les zombies sont l’humanité sans humanité, le catastrophique, le réellement-à-craindre, l’Autre inquiétant. Il n’y a pas de commensurabilité entre un homme et un zombie; tout diverge entre eux; ne reste en l’un que la forme mutilée et sanglante de l’autre. C’est cette maigre parenté qui permet tout de même de leur donner un visage par défaut (1). La réaction autour de cette anti-humanité permet de mettre en évidence les comportements humains et leur tendances les plus générales: à savoir, l’altruisme et l’égoïsme (2). Il est clair que l’égoïsme est un principe qui ne permet pas la cohésion nécessaire à toute forme de résistance entre l’humanité et son antithèse (même l’individu égoïste, quitte à sacrifier tous les autres, ne parvient pas à survivre). Il n’y a qu’une alternative, thématisée à répétition dans le film: l’humanité doit faire corps, elle n’a pas le choix de son unité. L’altruisme n’est pas simplement un « bon sentiment », elle est une nécessité du point de vue du tout. Dès lors, toutes les formes de rejet sont illusoires et insignifiantes: tant que l’humanité se rejettera elle-même à travers la figure du pauvre, du malade ou de l’étranger ; elle ne saurait surmonter la confrontation avec ce qui absolument différent d’elle, ce qui est absolument menaçant ; ce avec quoi aucune sympathie n’est possible, et ce dont on ne peut, ultimement, parler. La critique sociale est par conséquent automatique: tous nos conflits sont caducs face au Danger du non-humain. L’homme doit se désintéressé de lui-même et cesser ses « chicanes » pour comprendre sa situation qui demande comme condition sine qua non, qu’il soit un.

(1) Dans The Thing, l’absence d’une communication avec cet Autre absolu est encore plus poussée: on n’a accès qu’à une copie parfaite, mais étrangère de l’individu. Ce qu’il y a de terrifiant, c’est le non-accès éternel à ce qui est un danger absolu; c’est l’impossibilité d’une représentation fidèle, de simplement donner un visage à ce qu’il y a à craindre.

(2) Le boxeur est le type même de l’altruiste, comme le père repenti à la fin. Seul un individu dans le film est absolument égoïste et sans pitié. Le père est donc un moyen terme entre ces deux individus-types. Il incarne à lui seul la voie à suivre pour l’humanité toute entière.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s