« There will be blood »: le conflit des principes

Le thème dominant du film est le conflit entre la Lumière et les Ténèbres personnifiés par le prêtre, Paul Sunday, et le pétrolier Daniel Plainview. Les deux personnages sont tragiquement consubstantiels; leur destin sont liés jusque dans la déchéance et la mort. « There will be blood » est l’histoire de deux pouvoirs qui s’opposent à force égale et qui disparaissent dans une apocatastase cosmique (1). Mais, ce n’est pas tant le bien contre le mal, que deux types de « religions » irréconciliables: il y a baptême des deux côtés (avec du pétrole sur le front de l’enfant adopté par Plainview, avec de l’eau dans l’église de la Troisième Révélation), et actes faux de résipiscence: Daniel doit avouer avoir abandonné son fils, et Paul que Dieu est une superstition.

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Il y a une lutte de domination égale nous avons dit: le prêtre est battu dans une flaque de pétrole; Plainview est mis à genoux dans l’élément lumineux et cruciforme. Deux types d’humiliation exactement symétriques. Tout le film est le développement de cette lutte des contraires irréconciliables; comme l’Amour et la Haine d’Héraclite, sans qu’aucune harmonie ne puisse durer. Aucun des principes ne peut détruire l’autre sans perdre son identité et son être. Que dit Plainview à la fin du film après avoir assassiné le prêtre, le faux prophète? « I’m finished ». Du moment que le prêtre n’était plus dans l’opposition principielle, du moment qu’il est conciliant et qu’il se plaçait sur le sol de Plainview, il se condamnait à mourir (symboliquement et littéralement). Dès lors, le meurtre par Plainview n’est qu’une forme de nécessité métaphysique. Mais par le meurtre, il avoue fatalement sa propre finitude, son incomplétude, ce qui marque sa « fin ».

C’est le départ de Sunday qui provoque la séparation et leur corruption réciproque: éloignés l’un de l’autre, ils s’étiolent et se défont. Plainview dans son oisiveté misanthrope, Sunday dans le vice de la vie mondaine. La logique aurait voulu que Plainview s’épanouisse dans le monde, tandis que Sunday trouve Dieu dans la solitude. L’un comme l’autre ont chuté dans leurs extrêmes avant de s’annihiler réciproquement.

Il serait également possible de qualifier expressément ces forces: à savoir la puissance de l’Église en tant qu’institution historique, et le monde bourgeois dont le tropisme vise la domination de la terre et sa complète fonctionnalisation et marchandisation (2). L’Église asservissant les âmes en les réifiant, le Bourgeois le monde, et ce faisant, lui-même lorsqu’il découvre son propre vide. Le film serait alors un film du tragique du monde de l’ici-bas et ses forces immanentes, irréconciliables, éternelles dans la dissension. C’est l’inverse de la pacification traditionnelle entre un « ciel » et une « terre », les deux étant régis par des principes opposées non contradictoires puisqu’ontologiquement dissociés.

(1) Le film cultive cette dimension cosmique et ressemble à bien des égards à 2001, l’Odyssée de l’espace. On sent que le conflit dépasse largement celui des personnalités, et qu’il doit être interprété conséquemment, à une altitude proprement symbolique et religieuse.

(2) Les noms Sunday et Plainview confirme notre analyse. Dans le premier cas une référence au jour du Seigneur, dans l’autre une référence à la volonté d’une possession totale de la terre.

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